Sarı Mercedes, Mercedes mon amour.

Sujet de société, images de l’échec de la poursuite d’un rêve commun à bien des turcs émigrés en Europe, surtout en Allemagne : le retour du fils prodigue dans son carrosse. Un grand classique du fait social anatolien, attesté par tous ceux qui ont eu l’occasion de voir de luxueux engins émerger de la poussière d’un quelconque chantier d’Erzincan ou d’Elbistan.

On n’ira si loin vers l’Est dans ce film des années 90, réalisé par Tunç Okan, et illustré, on ne sait si c’est au premier ou au second degré, d’une musique de Vladimir Cosma. A vrai dire l’épopée finira mal, non loin de Bursa, lorsqu’une moissonneuse enverra le carrosse vers un destin cabossé auquel vingt fois dans le film des clins d’oeils appuyés avaient fait allusion.

C’est donc l’histoire d’un homme, un Turc, prénommé Bayram, qui occupe aux services techniques de la municipalité de Munich l’honnête fonction de balayeur. Mais même un balayeur a des vacances, et quand il est émigré turc il est convenu qu’il les consacre à un retour triomphal au pays, durant lequel ses parents et connaissances sauront reconnaître son succès. Beaucoup effectuent ce retour chargés de cadeaux, mais Bayram le discret, et peut-être aussi le rêveur n’a qu’un idéal : rentrer au village au volant d’une somptueuse voiture.

Un marchand de voiture d’occasion saura lui offrir l’engin dans lequel sombreront toutes ses économies : une Mercedes 350 SE, de couleur jaune, dit le titre turc du film, mais il s’agit plutôt d’une sorte de doré un peu triste.  Le trajet jusqu’à la frontière turque sera sans soucis, mais ensuite le beau carrosse devra se frotter aux dangers de la route, aux jalousies des uns, aux négligences des autres, et Bayram le brave homme n’est pas armé pour ce parcours du combattant.

(image domaine public http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Mercedes-w116-280-SE.jpg)

Ainsi l’étoile prestigieuse de la marque se volatilisera sur une parking de la Thrace, ainsi un clignotant se brisera sans raison apparente, ainsi Bayram lui-même, au comble du stress et de la rage, dépité du peu de plus-value que la voiture apporte à son charme auprès des femmes,  écorchera la peinture de la portière… De fâcheux individus seront de la partie, le camionneur qui causera le bris du pare-brise, le baba cool en minibus coloré qui hantera de façon réitérée de ses sourires ironiques les douces illusions.

La cabriole finale ne surprendra personne ; dans un ultime sursaut d’honneur, Bayram se ridiculisera en redémarrant la Mercedes en ruine et la  traînant jusqu’à la première pompe, pour une ultime offense.

Une triste histoire en somme. Sans doute est-on un peu privé de paysages, et le parc automobile semble lui-même curieusement ancien pour un film de 1987.

Fikrimin ince gülü – Sari Mercedes – Mercedes mon amour, par Tunç Okan

~ par dolasadolasa sur 14 novembre 2012.

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