Nar : grenade sur Arnavutköy.

Ümit Ünal est décidément un réalisateur d’intérieur.

Avec Nar, on est plus que jamais dans le huis-clos, puisque le film est le récit d’une étrange prise d’otages, dans un confortable appartement d’Arnavutköy, ce village de Roumélie qui bordait le Bosphore de ses maisons de bois avant que l’aménagement routier n’en décide autrement et n’offre à la rive une large artère.

Nar, c’est la grenade, le fruit ; le fruit fragmenté, celui qui ressemble au coeur et dont le jus, réputé et apprécié en Turquie, est comme le sang. Le grenade c’est aussi ce fruit dont les grains sont à notre image : à la fois tous semblables, et assurément tous différents.

nar film umit unal

Coeur brisé et sanguinolant comme une grenade que l’on presse ou que l’on écrase : tel est l’état d’esprit de la femme ni trop jeune, ni trop belle, qui sonne chez une femme médecin hospitalier, brillante belle et sûre d’elle, à Arnavutköy.

Celle qui ouvre à la femme lourde qui se présente comme une diseuse de bonne aventure et prétend avoir rendez-vous, ce n’est pas le médecin, mais sa compagne, artiste, actrice, bohème et laissée oisive par un metteur en scène alité. Par jeu, par curiosité, elle prétendra être la bonne personne et bien mal lui en prendra. Ce qui motive la femme n’est pas de lire dans le marc de café, mais de se venger, de demander des comptes sur la mort de sa petite fille, qui a brisé la famille en laissant inconsolable la mère de l’enfant, sur laquelle un rapport médical fait peser la responsabilité du décès.

Pour cela, elle immobilise l’actrice en lui faisant ingérer un toxique qui la prise pour deux heures de l’usage de ses jambes, et capture aussi le brave gardien d’immeuble… Sous la menace d’une arme factice.

Le retour du médecin sonnera comme une leçon de réalisme et de pragmatisme : la confiance qui unissait les deux femmes se brisera sur le souci de la carrière du médecin et l’idéalisme de l’artiste, dans une querelle violente et révélatrice, destructrice et tristement banale.

Histoire de courage, de vengeance, de faiblesse, de douleur et d’honneur, Nar est un conte sur chacun des grains de grenades que nous sommes, si uniques, si différents.

Nar, par Ümit Ünal, avec Serra Yilmaz, Irem Altuğ, Idil Firat, Erdem Akakçe.

Le film fut finaliste au festival du film  d’Istanbul en 2012, au festival international du film  d’Ankara en 2012, il fut distingué au festival international de l’orange d’or d’Antalya en 2011.

~ par dolasadolasa sur 19 novembre 2012.

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