Kar beyaz, blanc comme neige.

Blanc comme la neige qui recouvre épaisse les montagnes de cette région, villages perdus de la préfecture d’Artvin reliés par le mince ruban de bitume mal dégagé que parcourt en tous sens un dolmus obsolète.

Blanc comme l’ayran, que le jeune Hassan, descendu de son hameau chaque jour, essaie désespérément de vendre à la tasse de fer blanc à de rares voyageurs qui n’aspirent guère à cette boisson froide.

Blanc comme le cheval lourd qui galope dans la poudreuse, proie des loups et symbole de liberté aux lisières du village.

Blanc comme neige comme le père, prisonnier d’une geôle étroite dans une quelconque ville de Turquie, pour des motifs obscurs mais assurément politiques.

kar beyaz

Loup sur une route enneigée, lac Cildir.

Kar Beyaz est un film qui a pour cadre la campagne laz, celles des contreforts orientaux de la chaîne pontique.

« Où il y a de la vie, il y a de l’espoir« , lâche le vieil homme à la barbe blanche, qui commerce misérablement quelques poires. Et là est certainement la clé de compréhension de ce film aux dialogues parcimonieux et aux allusions esthétiques massives. Espoir de l’enfant, espoir vain et insensé de pouvoir vendre de l’ayran à des passagers déjà saisis de froid ; espoir de l’homme à la cabane, qui survit en l’attente d’une lettre d’amour qui ne viendra pas, espoir malmené du prisonnier qui grave au mur le décompte de ses jours de prison et le frappe de douleur et de dépit.

Images de villages perdus à un jet de pierre de la Géorgie, pays des laz, musique et danses villageoise, chansons lentes et tristes, ou au contraires vives, cris des loups, vie rude et sauvage dans cette région où, dit un passager du dolmus à un ingénieur forestier aussi désabusé qu’arrogant, « ceux qui doivent partir pleurent, ceux qui doivent venir pleurent« .

La réalisation est très poétique, la musique est vraiment belle, les acteurs sont bons, surtout, souvent, la lumière est blanchâtre et on frissonne presque tant l’hiver s’impose ; reste qu’on peut aussi trouver l’esthétisme excessif et gratuit, lorsque par exemple la caméra s’attarde avec une complaisance réitérée sur un filet de peinture rouge qui goutte d’un pinceau, métaphore peut-être d’un coeur qui saigne.

DVD kar beyaz

Le film est disponible en DVD, avec des sous-titres en anglais.

Kar beyaz est un film de Selim Guneş ; il a été présenté à de très nombreux festivals, et y a reçu un bon accueil.

Le site officiel du film propose une bande annonce et de nombreuses images du tournage, ainsi que des entretiens avec le réalisateur, qui y précise ses intentions et les sources de son inspiration.

Note : « Kar beyaz » est traduit par moi librement par « blanc comme neige« , au propre comme au figuré.

~ par dolasadolasa sur 8 décembre 2012.

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