Afyonkarahisar : la citadelle noire de l’opium.

En voilà une ville au nom bien sulfureux, cadeau des Seldjoukides, ou bien prometteur, comme on veut. Elle ne se nomme rien moins qu' »opium ».

De l’opium, enfin, disons, des coquelicots, il y en a effectivement, beaucoup, des champs entiers au bord des voies qui mènent à la ville ; mais bien surveillés. L’opium d’Afyon – amusant pléonasme – est destiné à l’industrie pharmaceutique, uniquement. Reste donc pour nous impressionner la citadelle noire, l’ombrageux kale sur son piton. Il est majestueux, s’impose dès l’arrivée en ville dans la perspective depuis le petit – en ancien – otogar. Surmonté comme il se doit du drapeau national turc, il reste à la fois attirant de mystère et pénible d’accès, au bout de mauvaises

Vieux quartier d'Afyon

marches et d’épingles à cheveux assassines. Le parcours pour l’atteindre commence par des ruelles escapées et mal pavées qui fuient les vieux quartiers aux maisons souvent bleues et trop incommodes pour attirer d’autres gens qu’une population pauvre et âgée.

Il y a à voir à Afyon, ou plutôt à sentir en errant le nez au vent entre les bâtisses décrépies et souvent bleuâtres, entre les minarets modestes d’une cité à l’histoire tourmentée, qui eut de multiples noms, qui fut donnée  à tant de maîtres, d’empereur byzantin en vizir, des sultans à l’armée grecque, de l’armée grecque à la République.

Echoppe de sucuk à Afyon

Finalement, pour le voyageur qui s’attarde, il n’est pas sûr que les deux promesses que sont l’opium et la citadelle soient les vrais secrets et les vrais plaisirs d’Afyon ; comme souvent, c’est autour de la meydan centrale que se trouve, au fil des échoppes, la clé du mystère de la ville. Et il se pourrait que la spécialité d’Afyon soit le sucuk, ce saucisson de boeuf pimenté, qui orne fièrement, et ostensiblement, les façades des marchands qui s’en sont fait leur marchandise d’appel. Il a même, ce saucisson, mérité de porter le nom de république, Cumhürriyet, comme marque, une sorte d’appellation d’origine contrôlée.

Il n’y a pas d’ailleurs que la saucisse qui parle au ventre à Afyon ; la ville sait aussi produire des desserts, très turcs, très suaves, très sucrés, sirupeux : ekmek kadayıf , dont Afyon se dit ville natale, et  autres…

Afyon se quitte donc un matin,  l’esprit clair, sans avoir sacrifié forcément à l’ascension vers le kale, mais le ventre plein.

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