Gaziantep, couleur bazar.

Qui n’a jamais eu besoin d’une douzaine de seaux de cinquante litres en pneu rechapé ? Qui ne s’est aperçu à la lecture d’un album d’Astérix qui rêvait d’une serpe d’or ? Qui n’est tenté par un sommet de minaret de deux mètres de haut, en cuivre martelé, de la meilleure facture ? Qui n’a une recette de grand-mère un peu sorcière qui suppose l’acquisition discrète de plantes insoupçonnées et d’ingrédients méconnaissables ?

Le bazar de Gaziantep est alors un peu pour vous ; il est flanqué de bedestens trop restaurés, trop carrés, trop noir et blanc, trop tocs, mais offre encore au regard curieux quelques échoppes vénérables ; de nombreux artisans y pratiquent leur art en public, qui martelant, qui cousant, qui forgeant.
Au milieu de tout cela, le marchant de sahlep fait cliquer ses tasses en inox, le marchand d’oranges et de coings se fraie un chemin avec peine. A Gaziantep, un bazar d’un style ancien survit, en sursis peut être, en voie de « grandbazardisation ».

Le bazar de Gaziantep, c’est aussi une palette de couleurs : des gris d’aciers et de métaux, des pastels de plantes séchées et de cailloux d’argile, des verts vifs de tapis de prière en attente de croyants, des rouges et des orangés de mocassins en cuir, des cuivres et des bois de tamis et des cuillères.
D’où cette page illustrée, façon kaléidoscope, usinée sur place, un matin d’hiver, dans le cliquetis des marteaux et les fumées de forges.

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